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Doutes, palabres et réflexions

Au fil du temps…

Ressentis, engagements, appropriations, révoltes, doutes, certitudes, réflexions… Un peu de littérature aussi, de philosophie s’il se peut, de poésie. Et de musique, on en a tellement besoin !
C’est dans cette approximative petite lucarne que verront périodiquement le jour, à l’avenir, en sus de mes humeurs pas toujours égales, les nouvelles éditions de TamTam dont il vous est déjà loisible de consulter les archives en cliquant ici

Belle découverte à vous !

Autruches, on triche !

Et ceci ?, Partages Posted on 11 janvier 2020 14 h 59 min

Franz Kafka, Georges Orwell, et quelques autres nous ont parlé de nous.

Amoureux de dénis en tous genres,
adoptant volontiers la posture des autruches,
nous nous sommes attachés à croire qu’ils parlaient des autres,
d’une autre société vers laquelle, certes, nous dérivions sans doute,
mais n’exagérons pas tout de même, nous disions-nous,
ce n’est pas pour demain.
On était sans doute sincères ce disant,
mais on craignait surtout qu’ils aient raison, Orwell, les quelques autres et Kafka…

On sait aujourd’hui que la société hyper formatée qu’ils nous promettaient,
était déjà sur les rails.
On constate depuis quelques années qu’elle est de fait déjà en place.

La démocratie n’est plus que l’obligation que nous avons tous d’obéir.
Tous, sauf ceux à qui nous devons obéir bien sûr.

Mais nous faisons mine, à tel point que nous en perdons la conscience.

Les lois ne sont plus que les reflets écrits des constats de nos soumissions,
puisque par avance nous nous plions
aux modes, aux humeurs, aux exigences d’un pouvoir
qui n’est plus même le pouvoir tel qu’on l’imaginait,
celui pour lequel ou contre lequel on votait, non.
Les lois sont des décrets programmatiques de nos futures grégarités
édictées par les grands papes de la finance et de la consommation.

On nous avait mis en garde
(Étienne de La Boétie, entre autre, dont j’ai souvent parlé ici sur ce modeste blog),
certains continuent de nous mettre en garde
(des philosophes, des sociologues surtout,
tels Edgar Morin, Alain Badiou, Noam Chomsky, Pierre Bourdieu,…).

Mais on voit bien que les GAFAM (Google, Amazone, Facebook, Apple, Microsoft) ont,
en même temps que l’intention, les moyens de nous “suggérer
de nouvelles servitudes auxquelles nous applaudirons.
Et ce, en l’absence de toute réaction qui ne soit pas veule
des politiques “démocratiquement élus” par nous.

Trop contents de faire partie du grand club des “gagnants”,
ils n’ont pas compris qu’ils sont eux-mêmes les serviles pièces
d’un grand puzzle, de l’immense inhumanité d’un monde
dont la grégarité est celle du profit :
le monde de la finance.

Pourquoi pas l’autruche après tout ? se disent-ils probablement.

On peut penser tout ça, y réfléchir.
Mais y réfléchir ne suffira pas.
Alors, quoi ?

Ceci, pour illustrer cela :

À bientôt ?



Les migrants croiraient-ils au Père Noël ?

Partages, Révoltes Posted on 6 janvier 2020 17 h 49 min

D’où vient que certain Père Noël, cette année, nous fasse honte ?

Je découvre la dernière et subliminale « pèrenoëlerie »
télévisée et cinématographiée de Coca-Cola,
exercice obligé depuis presque toujours pour le bien-pensant géant d’Atlanta.

On n’est pas déçu.
Toujours les mêmes bons sentiments.
Le Père Noël,
la petite famille middle-class bien blanche, bien comme il faut,
deux enfants bien sûr, et, oh surprise ! il s’agit d’un garçon et d’une fille !
Sourires béats, joies de l’entre-soi.
On attend un invité.
La famille modèle, quoi.
C’est du Walt Disney.
Ça dégouline d’évidence.



Pas besoin de la bande-son, elle dit ce qu’on ne voit pas,
mais que la multinationale veut nous faire croire.
Elle dit sans jamais l’avouer,
semblant s’émouvoir de la situation des migrants,
(le Père Noël lui-même en serait un, sauf que, ceci dit au passage, lui, on l’attend…)
à quel point elle a en elle
le gène de la manipulation,
et qu’il n’est pas honteux de tondre sur le dos des désespérés
la laine qui nous fait progresser
(comprendre : qui nous fait gagner des parts de marché).


Une certaine droite, très à droite, se déclare scandalisée.
Valeurs actuelles (actuelles, tu parles !) juge que Coca-Cola veut,
au travers de cette nouvelle campagne,
et c’est une honte, disent-ils,
favoriser l’accueil des migrants (je crois rêver) !

Ils viennent de quelle planète ces trolls-là pour dire telles inepties ?
Comme des vendeurs d’aspirateurs,
ils posent le pied pour empêcher la porte de se refermer.
Et cette porte, c’est justement celle qu’ils craignent par-dessus tout :
celle qui reste ouverte.
Paradoxe. Entendre sans jamais écouter. Et inversement.
Encore une fois, ils se trompent de combat mais,
ce faisant, ils font bien des dégâts !


Coca-Cola – ni gauche ni droite, donc droite, intérêts financiers avant tout, c’est tout –
n’a que faire des migrants.
Sauf qu’ils sont une belle source d’apitoiement
pour une société dont la multinationale est un des piliers,
ce néolibéralisme à contre-courant de la fraternité
à laquelle veulent nous faire croire les communicants de
la brune et chimique boisson.
Une fraternité, une solidarité désintéressée
qui n’existe que quand il s’agit de vanter et de vendre
un Père Noël
devenu VRP du grand capitalisme
… aux dépends des migrants justement.
Je me trompe ?


Alors, alors,
ceci, que nous vous proposons
pour tenter de dégager du subliminal un cynisme
qui s’offre sans efforts les atours d’une nouvelle morale
mais ne se préoccupe d’aucune éthique…

On a gardé la bande-son.


Sans aucune illusion,
mais sincèrement,
Belle année lucide à vous !



Toujours recommencée

Partages Posted on 30 décembre 2019 18 h 56 min



Elle est là qui s’essouffle.
Elle en a un peu par-dessus la tête de ce qui lui est passé sur le dos.
Elle ne demande qu’à dormir, qu’à aller se répandre ailleurs.

Au moment de mourir, épuisée, elle sait déjà, qu’elle renaîtra.
Ça ne lui procure aucune joie,
seules celles peut-être de l’espoir du jour où, 
Phénix fatigué, à nouveau, elle s’ébrouera.

Et où tout le monde,
vous, toi et moi, 
nous nous la souhaiterons, belle.
Sans trop d’espoir. 

Mais sait-on jamais, se dira-t-on.
Comme tous les ans.
Avec une innocence à chaque fois renouvelée.

Ce qui reste de pureté.


Belle, on vous la souhaite belle, sincèrement, cette année.

Elle est entre nos mains.
Qu’en ferons-nous ?

À tout bientôt.

Laissez-moi déjà vous présenter ceci :

Est-ce bien normal de demander à cette merveille-là
de protéger celle(s)
que nous n’avons fait que détruire ?
Celle(s)-ci :

Belle année à nous tous !

Sincèrement



Un peu décalé ? Inhabituel sur ce blog surtout.

Partages Posted on 23 décembre 2019 16 h 16 min

Inhabituel, sur ce blog, de proposer une tranche de détente, voire de rire.

Et pourtant, tout attaché que je suis à la plus grande laïcité,
je voudrais profiter de cette « trêve des confiseurs » pour vous proposer
quelques minutes d’un rire franc (et décalé).
Un peu de sel et d’esprit qui ne soit pas ce qu’on appelle benoîtement l’esprit de Noël,
mais nous permette d’y penser… avec distance.
Un conte de Noël distancié et transgressif, en quelque sorte…

À vous, belle fête de Noël, donc !


Belle soirée. Et à bientôt ?



Quoi, ma gueule ?

Partages, Révoltes Posted on 23 décembre 2019 16 h 08 min

Enki Bilal
“Bug”


On n’arrête pas le progrès ? Rassurez-vous, c’est lui qui bientôt nous arrêtera.
Au propre comme au figuré.
À moins, bien sûr, que nous reprenions la main…

Je relaie ici une lettre commune rédigée, sous le titre “Interdisez la reconnaissance faciale sécuritaire”, et cosignée par un grand nombre d’associations – et non des moindres…

Je vous la donne à lire :

Lettre commune de 80 organisations, dont l’Observatoire des libertés et du numérique dont la LDH est membre

Nous, organisations, collectifs, entreprises, associations et syndicats, demandons au Parlement et au gouvernement français d’interdire tout usage sécuritaire de dispositifs de reconnaissance faciale actuels ou futurs.

Nous constatons que de telles technologies sont aujourd’hui déjà largement déployées en France. Outre les portiques « Parafe » présents dans plusieurs aéroports et gares, le fichier de traitement des antécédents judiciaires permet depuis 2012 à la police et à la gendarmerie de recourir à la reconnaissance faciale à partir d’images prises dans la rue par des caméras, ou encore obtenues sur les médias sociaux. D’autres expérimentations ont déjà été menées ou sont programmées.

La multiplicité des dispositifs déjà existants, installés sans aucun véritable encadrement juridique, transparence ou réel débat public, ne satisfait pourtant pas nombre d’acteurs publics et industriels. En se fondant sur le fantasme d’un développement inéluctable de la technologie et sur des arguments purement sécuritaires et économiques, ils souhaitent accélérer et faciliter le déploiement de ces dispositifs, au détriment des conséquences pour nos libertés et notre modèle de société.

La reconnaissance faciale est une technique exceptionnellement invasive et déshumanisante qui permet, à plus ou moins court terme, la surveillance permanente de l’espace public. Elle fait de nous une société de suspect·es. Elle attribue au visage non plus une valeur de personnalité mais une fonction de traceur constant, le réduisant à un objet technique. Elle permet un contrôle invisible. Elle impose une identification permanente et généralisée. Elle abolit l’anonymat.

Aucun argument ne peut justifier le déploiement d’une telle technologie : au-delà de quelques agréments anecdotiques (utiliser son visage plutôt que des mots de passe pour s’authentifier en ligne ou activer son téléphone…), ses seules promesses effectives sont de conférer à l’État un pouvoir de contrôle total sur la population, dont il ne pourra qu’être tenté d’abuser contre ses opposant·es politiques et certaines populations. Puisque l’utilisation de la reconnaissance faciale à des fins sécuritaires est par essence disproportionnée, il est vain d’en confier l’évaluation au cas par cas à une autorité de contrôle qui échouerait en pratique à suivre chacune de ses nombreuses nouvelles applications.

C’est pourquoi nous vous demandons d’interdire tout usage sécuritaire qui pourrait en être fait. De telles interdictions ont déjà été décidées dans plusieurs villes des États-Unis. La France et l’Union européenne doivent aller encore plus loin et, dans la lignée du règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD), construire un modèle européen respectueux des libertés.

Il conviendra par ailleurs de renforcer les exigences de protection des données à caractère personnel et de limiter les autres usages de la reconnaissance faciale : qu’il s’agisse d’authentification ou d’identification privée, l’ensemble de ces dispositifs ne sont pas assez protecteurs des atteintes à la vie privée ; ils préparent, et banalisent une société de surveillance de masse.

Nous appelons à l’interdiction de tout usage sécuritaire de la reconnaissance faciale.

Paris, le 19 décembre 2019



Téléchargez la lettre au format pdf (et partagez-la) en cliquant ici.

Visitez le site de la Ligue des Droits de l’Homme (LdH) ici.


Liste des premiers signataires :

Abilian – ACAT France – Access Now – Action Droits des Musulmans – Altairis – Antanak – Article19 –
Association Dédale – Association for Progressive Communications – Association forCivil Rights (ADC) –
Assodev-Marsnet – ATTAC France – Bee-home – BEhAV Consulting & Coaching – Cerveaux non disponible –
CECIL – Cliss XXI – CNLL – Comité local ATTAC du 78 Sud – CREIS Terminal – DAL (Droit Au Logement) –
Electronic Frontier Foundation (EFF) -Emmabuntus – Entr’ouvert – FACil – FAIbreizh –
FDN – Fédération nationale des Arts de la Rue – FFDN – Framasoft – Franciliens.net – Genepi – Génération.s – GISTI – Globenet – Happyculture -Hermes Center – Hoga – Icare (UVSQ) – Illyse – In Memoris Fondation –
Indie Hosters – INP-net – Internet Bolivia – IP Solution – L’Auberge des Migrants – La Boussole – La Cimade –
La Quadrature du Net – Le groupe parlementaire LFI – Le Mouton Numérique – Le Parti Communiste Français –
Les Tilleuls.coop – Ligue des Droits de l’Homme – Lorraine Data Network – Mailden – Mailo –
Mouvement Ecologiste Indépendant – Mycélium – Numericatous – Observatoire des Libertés et du Numérique – Ouvaton – Parti Pirate – PLOSS Auvergne Rhône-Alpes – ReAct – Résistance à l’Agression Publicitaire – ritimo – Root66 – Sherpa – Solidaires Informatiques – Sursiendo (Chiapas, México) – Syndicat de la Magistrature –
Syndicat des Avocats de France – Tech Trash – Technologos – Technopolice – Toile-Libre –
Union Syndicale Solidaires – Usuarios Digitales de Ecuador – Vanoix – Vélorution Paris Île-De-France



Vivre sa vie une dernière fois…

Partages Posted on 16 décembre 2019 16 h 29 min



On se demande,
bien sûr on se demande quelle est la couleur du sommeil des anges.
Pas vous ?

Anna Karina
(dans Vivre sa vie de Jean-Luc Godard)
22 09 1940 / 14 12 2019


On se souvient d’elle, filmée par JLG, dans Vivre sa vie.
Mais pas seulement.
Personne ne l’a jamais filmée comme ça.
Il y fallait de l’amour
– mais ça ne nous regarde pas –
en plus de ce génie si particulier que Godard a toujours inventé.

Il y avait aussi cette émotion de tous les instants,
comme une espèce de fragilité prise au piège d’une incertitude
dont elle ne parvenait pas à se libérer.

Et ça donnait cette drôle de chansonnette
qui a illuminé toute la Nouvelle vague.

Son accent venu d’ailleurs,
les doutes posés au hasard d’une voix assez peu maîtrisée
(mais qu’est-ce qu’elle était belle, cette voix-là !)
quand elle serinait, lasse, dans Pierrot le fou,
Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire !”,
on avait envie,
comme Pierrot (Belmondo),
de lui demander de se taire.

Aujourd’hui,
c’est une autre affaire




J’en parlerai ici plus longuement plus tard.
Tout bientôt.


(mais, quand même, ceci déjà, un peu de filmographie,
puisque une déclaration d’amour jamais ne suffira)
merci à Libération



Glissements progressifs du mépris (2/2)

Partages, Révoltes Posted on 8 décembre 2019 16 h 16 min

Sagesse ou brutalité ?
L’alternative est proposée comme si elle était une évidence à laquelle on puisse sincèrement se référer.

Qu’en est-il de la brutalité se prétendant sagesse ?
Qu’en est-il de cette brutalité quand
elle ne se vit plus que comme une incontournable manière de penser,
et donc de gouverner ?

Quand la pensée oublie de penser, existe-t-elle ?
Et celui qui ainsi croit penser a-t-il quelque légitimité à prétendre “nous guider” ?

Le pouvoir, aujourd’hui est un Amphitryon qui tour à tour veut séduire et mater.
C’est le fameux “en même temps” qui est le « badge »
de celui qui n’arrive pas à se décider,
mais qui sait comment nous enfumer…

Pour séduire il a sa frêle et faux-derche séduction.
Il ne se contente pas de sa puissance,
il se veut à la fois Dom Juan et Sganarelle. On ne sait jamais…
Il se prétend moderne et ne répète
– parce qu’il se répète un peu plus que souvent –
qu’un médiéval discours fait de supériorités et de clivages.

C’est sa langue qui, parlant bien mais toujours oblique, le révèle.
Et ça donne ces glissements sémantiques
qui font dire à une chose ce qu’elle ne voulait signifier.
Ne pouvait. Mais qu’importe.
Et ça donne ces manipulations vulgaires des valeurs auxquelles
on fait mine de croire (mais pas trop si on y pense).
Et ça donne ce langage muet et sous-entendu,
une langue de bois qui se persuade qu’elle est drôle.

Et, suivant une logique de banalisation chargée de plaire à tous,
un militant des Droits de l’homme devient,
dans cette langue faite de dérision et de mépris,
et de “je sais de quoi de parle”,
et de “ne vous laissez pas avoir”,
un « droit-de-l’hommiste” !
(On a emprunté – est-ce vraiment un hasard ? – à Jean-Marie LePen cette dénomination…)
Substantivisation” méprisante destinée, on le devine,
à dénigrer l’importance des “valeurs” auxquelles on a,
une fois au pouvoir, renoncé.

Et, comme par un effet de dominos,
s’en sont suivies les relativités amenant au cynisme,
d’abord langagier, mais ça ne saurait suffire, de cette dérision affichée :
Les convaincus des droits de l’homme ?
Des droits-de-l’hommistes.
Mépris.
Les inquiets du tiers-monde ?
Des tiers-mondistes.
Mépris.
Les convaincus que la terre est plate .
Des terreplatistes (!)
Mépris.

Croit-on vraiment qu’en humiliant, qu’en abaissant,
on rassemble ?
Le but, sans doute n’est-il pas celui-là.

Sans doute donne-t-il ceci :

Belle découverte à vous !

À bientôt



Regarder des pans de passé, les yeux tournés vers l’avenir.

Partages Posted on 4 décembre 2019 8 h 52 min

May b.
Maguy Marin


Je me souviens du “Je me souviens” de Georges Perec.

Il y avait là comme une intense folie du rien qui n’en finissait pas de se dire.
Mieux : de se raconter.

Je me souviens de ce comédien inoubliable, Samy Frey,
disant le texte de Perec, sur un vélo,
sur un câble tendu par-dessus une scène de théâtre (c’était à l’Opéra comique, je crois)
et qui disait, entre autres somptueuses banalités :

Je me souviens du silence
qui accompagnait le défilé des dissidents chinois sur les Champs-Élysées
le 14 juillet 1989 peu après les événements de Tiananmen.

Et puis :
“Je ne me souviens pas du moment de ma naissance.”

Et puis :
Je me souviens de l’annonce de la mort de Brassens.
Je me souviens des papiers peints
où d’énormes formes géométriques oranges et jaunes
s’épanouissaient sur fond noir ou marron.”
Je me souviens du jour de la mort de Jacques Prévert,
mais plus de quel jour c’était précisément.

Et puis, et puis, et puis…

Je me souviens d’un soir, dans les années 80,
à Bruxelles, où je vivais alors et où,
au Palais des Beaux-Arts,
je fus secoué, comme en amour on peut l’être,
par la découverte d’une tellurique authenticité.
Un ballet désobéissant qui m’apparut comme une naissance.

Dans une petite salle feutrée, contrite et bourgeoise,
je rencontrais à la fois Beckett, Artaud et une soif aride de vérité.

C’était Maguy Marin, alors jeune chorégraphe.
C’était May B.
C’était un regard profond sur ce que nous sommes,
sur nos limites, sur nos envies,
sur notre parfois splendide pauvreté.
C’était et c’est toujours Maguy Marin.

Se souvenir. Mais sans regret. Sans nostalgie.
Pour prendre la mesure du temps.
De ce qu’il nous reste à faire de ce beaucoup-là.


Un coup d’œil ci-dessous.






On s’en parle ?


PS.: May B est repris ce 07 déc au Théâtre de l’Oliver à Istres
PS2: Pour connaître les dates et lieux de la tournée 2020, c’est ici.



Glissements progressifs du mépris (1/2)

Partages, Révoltes Posted on 29 novembre 2019 10 h 56 min

Peut-être se sont-ils demandés comment faire de la langue leur plus sûr allié.
Quitte à la soumettre aux caprices de leur ironie,
quitte à lui faire dire n’importe quoi pourvu que ce n’importe quoi les agrée.
Peut-être se sont-ils posés la question de comment faire dire à un mot
tout ce qu’ils méprisent de ce qu’il signifie, de ce qu’il contient de sens. 

Peut-être est-ce dans ce but-là qu’ils ont créé
ces “éléments de langage”,
ces chapelets de mots vidés de tout leur sens
– mais qu’il est bon de répéter à la manière vide des slogans –
et qui sont ceux de la langue de bois faite de copeaux de vérité,
des cendres précoces, rien de plus.

Ça a donné de ces rodomontades qu’on ose à peine rappeler.
Il en est une, emblématique, mais elle n’est que la tête d’un troupeau.
Le 7 mars 2019, Macron, plus sûr de lui que jamais, clame :
Ne parlez pas de répression ou de violences policières,
ces mots sont inacceptables dans un État de droit”

(Des violences policières, de la répression, il y en a à la pelle
sous cette macronienne république.
Et je n’en rappellerai ici ni la récurrence des témoignages ni leur nombre…
Seulement, voilà, les témoignages n’ont, face à la langue de bois,
que si peu de poids…
)

Peut-être que, effectivement, ces mots-là,
dès lors qu’ils témoignent d’une vérité,
sont inacceptables dans un État de droit.
Mais ce ne sont pas eux qui choquent,
ce sont les méfaits qu’ils dévoilent et montrent du doigt
– on leur en sait gré.
Parce que, quoi ? il suffirait de les taire pour que s’en trouve renforcé cet État de droit ?
Et suffirait-il de les prononcer pour qu’on en soit exclu ?
Si oui, c’est qu’il a des pieds d’argile, cet État de droit.

Il y a cette espèce de bouche en cul-de-poule qui prétend ne jamais mentir
et qui a quelque chose du scorpion.
Nos “dirigeants” s’affublent volontiers de ces hypocrites atours-là
quand ils nous assènent ceci ou cela
et que ni cela ni ceci n’est la vérité…

À l’heure où les violences policières sont
– par le biais d’un mensonge déconcertant*,
aussi bien que par une autiste tautologie –
niées
(il ne saurait y avoir de violences policières dans une État de droit.
Nous sommes dans un État de droit.
Donc, les violences policières n’existent pas),
on ne peut que constater que la vérité officielle n’est qu’un enfant
fait dans le dos de la réalité
et qu’il s’appelle mensonge d’État.

La force du pouvoir aujourd’hui
– mais la chose n’est pas si nouvelle que ça, hélas –
est sa cynique organisation.
Il sait qu’il suffit de tourner en dérision ce qui est l’âme des idées
qu’il s’était pourtant engagé, aux seules fins de se faire élire, et qui l’ont fait élire,
à mettre en place. 

Peut-être hélas, la vulgarité aidant, ont-ils (ces gens-là, de pouvoir)
réussi à faire dire à une cohorte de mots
à la fois ce qu’il sont et le mépris dans lequel ils les tiennent.

Et, pour ce faire, ils ont déployé un petit, tout petit arsenal
fait de condescendance, d’indifférence, de cynisme.
Un de ces cocktails dans lesquels ils sont passés maîtres.

Ce faisant, ils ont consciencieusement passé au laminoir de leur arrogance
les plus belles idées, les plus généreuses – les plus irréalistes sans doute aussi
(mais n’est-ce pas la gloire en même temps que la contradiction de l’homme
que de pouvoir s’offrir des idées farfelues ?)



(à suivre)

* Le mensonge en question, c’est celui qui est asséné de manière tellement péremptoire – et fallacieuse – qu’il en vient à déconcerter celui qui l’entend. L’auditeur, en effet, a du mal à concevoir comment on peut proférer des faussetés aussi évidentes et massives en piétinant les règles élémentaires de la logique et du respect des faits – sans lesquelles il n’y a plus de discussion possible – en comptant sur la crédulité du public non-informé.

(merci à Laurent Joffrin du journal Libération pour cette information)




Imaginons. Une pause.

Partages Posted on 25 novembre 2019 16 h 46 min

Ce qui est confortable dans cette “année Beethoven”, précocement appelée telle (on n’est pas encore en 2020, année du 250ème anniversaire de sa naissance – le 16 décembre 1770 –, mais les nécessités commerciales n’ont de mémoire que le futur, pourvu qu’il sonne et trébuche), c’est cette gourmandise de niaiseries énoncées les unes après les autres, quand ce n’est pas avant.

Radios, magazines, télévisions, tout le monde, au garde à vous, est sur le pont, prêt à nous servir l’obligatoire plat du jour : “Beethoven était un génie !« .
Voilà une information qui ne manque pas de sucre. Personne, jusque-là n’avait entrevu le génie de ce génie-là, c’est sûr. Et cette information nous éclaire à un point qu’on n’imaginait pas.

On nous apprend quantité de ces choses dont nous avions grand besoin pour appréhender qui la septième, qui la neuvième, qui Fidelio, qui les seize quatuors (au passage, celui qui pourra en parler, de ces seize-là, n’est pas encore né. Du reste à quoi bon en parler ? C’est comme parler du soleil, ça ne l’empêchera pas d’être à la fois central et indissociable de notre survie, alors ?)

Ce qui énerve dans toute cette déplaisante gaudriole, dans cette procession de “savoirs” qui volontiers nous dictent ceci ou cela de ce qu’il convient de savoir de Ludwig van, c’est l’absence. Pas l’absence du héros, non ! L’absence de la moindre réflexion.

Il n’empêche, écoutons plutôt.


LVB
Quatuor à cordes n° 8 en mi mineur op. 59 – II. Molto adagio
par le Quatuor Tchalik



Sans image


sans profonde réflexion


sans prétention


Comme ça,
c’est tout.



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