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Doutes, palabres et réflexions

Au fil du temps…

Ressentis, engagements, appropriations, révoltes, doutes, certitudes, réflexions… Un peu de littérature aussi, de philosophie s’il se peut, de poésie. Et de musique, on en a tellement besoin !
C’est dans cette approximative petite lucarne que verront périodiquement le jour, à l’avenir, en sus de mes humeurs pas toujours égales, les nouvelles éditions de TamTam dont il vous est déjà loisible de consulter les archives en cliquant ici

Belle découverte à vous !

Carré noir sur robe noire

Partages Posted on 29 juillet 2020 15 h 05 min

Gisèle Halimi
née Zeiza Gisèle Élise Taïeb
1927 – 2020

Un peu plus que notre seule tristesse
ici



Pour que le soleil de l’été nous fasse un peu moins d’ombre

Et ceci ?, Partages Posted on 28 juillet 2020 19 h 43 min

Est-ce le soleil qui traditionnellement nous suggère un triste farniente ?
Seraient-ce les fatigues, les habitudes prises d’entrevoir juillet puis août
comme autant d’indolences, d’alanguissements, d’assoupissements ?
Allez savoir, mais on s’en fout !

Il me vient aujourd’hui, allez savoir pourquoi,
l’envie de partager avec vous un texte vieux de 85 ans.

Je dis « un texte », mais ce n’est pas d’un texte qu’il s’agit,
c’est un cri, une colère ;
une colère qui n’oublie en rien le déploiement de sa propre logique,
celle d’un homme qui a choisi d’aller au bout de sa douleur.
Difficile d’y résister.
D’autant qu’il nous force à réfléchir à nos propres réticences,
à nos propres refus des différences ;
d’autant qu’il nous apprend à hurler
avec la douleur qui est la sienne
mais dont on sait à l’instant même de ce hurlement
qu’il est avant tout le nôtre.
Et qu’on n’a dès lors pas à le singer.
Inconnu.
Jusqu’alors insenti, si j’ose dire ça comme ça.

C’est au prix souvent d’un regard dans le rétroviseur
qu’on prend la mesure de nos très relatives modernités.

Le contexte.
On est en 1935.
Un homme n’en finit pas.

Antonin Artaud,
poète, écrivain, comédien, metteur en scène,
théoricien du théâtre, dessinateur de génie
(son autoportrait ci-dessous s’en veut témoin)
volontiers peintre aussi, philosophe à rebrousse-poil,
pousseur de cris qui en valent la peine…
mais ne sont jamais entendus,
Antonin Artaud, oui,
qui n’en finit pas, n’en a jamais fini
de hurler que la vie est oblique,
et que nous ne faisons qu’obéir aux Totems
qui nous massacrent.
Ah nom de dieu !

Alors, ce texte que je vous promets,
alors, cette désespérance bouffée de la hargne
qui refuse d’obéir
à ceci, à cela, à n’importe quoi,
le voici,
le voilà.

C’est une lettre.
Elle est adressée « aux médecins-chefs des asiles de fous ».

C’est donc en 1935.
Il faudrait savoir. Mais les hurlements n’ont pas d’histoire.
On en parlera ?

Interné de force, Artaud écrit, hurle, cette lettre.

On réfléchit, on tremble.
Voilà :


Messieurs,

Les lois, la coutume vous concèdent le droit de mesurer l’esprit. Cette juridiction souveraine, redoutable, c’est avec votre entendement que vous l’exercez. laissez-nous rire. La crédulité des peuples civilisés, des savants, des gouvernements pare la psychiatrie d’on ne sait quelles lumières surnaturelles. Le procès de votre profession est jugé d’avance. Nous n’entendons pas discuter ici la valeur de votre science, ni l’existence douteuse des maladies mentales. Mais, pour cent pathogénies prétentieuses où se déchaîne la confusion de la matière et de l’esprit, pour cent classifications dont les plus vagues sont encore les plus utilisables, combien de tentatives nobles pour approcher le monde cérébral où vivent tant de vos prisonniers ? Combien êtes-vous par exemple, pour qui le rêve du dément précoce, les images dont il est la proie sont autre chose qu’une salade de mots ?

Antonin Artaud – Autoportrait – 1946


Nous ne nous étonnons pas de vous trouver inférieurs à une tâche pour laquelle il n’y a que peu de prédestinés. Mais nous nous élevons contre le droit attribué à des hommes, bornés ou non, de sanctionner par l’incarcération perpétuelle leurs investigations dans le domaine de l’esprit.

Et quelle incarcération ! On sait – on ne sait pas assez- que les asiles, loin d’être des asiles, sont d’effroyables geôles, où les détenus fournissent une main-d’œuvre gratuite et commode, où les sévices sont la règle, et cela est toléré par vous. L’asile d’aliénés, sous le couvert de la justice, est comparable à la caserne, à la prison, au bagne.

Nous ne soulèverons pas ici la question des internements arbitraires, pour vous éviter la peine de dénégations faciles. Nous affirmons qu’un grand nombre de vos pensionnaires, parfaitement fous selon la définition officielle, sont eux aussi, arbitrairement internés. Nous n’admettons pas qu’on entrave le libre développement d’un délire, aussi légitime, aussi logique que toute autre succession d’idées ou d’actes humains. La répression des réactions antisociales est aussi chimérique qu’inacceptable en son principe. Tous les actes individuels sont antisociaux. Les fous sont les victimes individuelles par excellence de la dictature sociale ; au nom de cette individualité qui est le propre de l’homme, nous réclamons qu’on libère ces forçats de la sensibilité puisque aussi bien il n’est pas au pouvoir des lois d’enfermer tous les hommes qui pensent et agissent.

Sans insister sur le caractère parfaitement génial des manifestations de certains fous, dans la mesure où nous sommes aptes à les apprécier, nous affirmons la légitimité absolue de leur conception de la réalité, et de tous les actes qui en découlent.

Puissiez-vous vous en souvenir demain matin à l’heure de la visite, quand vous tenterez sans lexique de converser avec ces hommes sur lesquels, reconnaissez-le, vous n’avez d’avantage que celui de la force.



À bientôt ?


PS.: cette lettre mériterait bien plus de folie que là.
J’y arriverai peut-être. Un jour. On verra.



Les horloges à l’heure

Partages Posted on 26 juillet 2020 16 h 02 min

Il y a eu, ce dernier quatorze juillet,
comme une mise au point dont on a peu parlé.
Elle signifiait tant et tant de choses pourtant.
Un rapport au pouvoir fait de sens et non de soumission.
Sauf, bien évidemment, à considérer une fois pour toute
que le pouvoir est, entre deux de nos votes,
au-dessus de ce vote
et qu’il devient un omnipotent patron.
Mais est-ce un patron qu’on choisit ?
Ou l’un de nous chargé de nous représenter,
et qui doit de ses actions nous rendre compte ?

Une petite phrase, ce 14 juillet,
nous a remis en lumière la bêtise de nos servitudes.
Et qui vient nous rappeler que la logique libérale
peut, contre elle-même, être retournée comme une chaussette
(n’est pas le ‘patron” qui croit l’être, d’ailleurs, pas besoin de patron)

Je fais allusion ici à ce qui fut clamé par un « Gilet jaune« ,
(mais ç’aurait pu être par n’importe qui, vous, par exemple, ou moi…)
par la voix et par le calicot,
à Emmanuel Macron se promenant « incognito »
(entouré par quelques gardes du corps, quand même, on nous prend pour des billes ?)
ce dernier 14 juillet, aux Tuileries…

Une petite phrase, mais qui voulait dire tout d’une réalité,
un rappel à l’ordre en quelque sorte qui à Macron fut adressé :

Ben oui.
S’en souvenir.

Belles vacances à tous !



À bientôt.



Sans commentaire ? Vraiment ?

Et ceci ? Posted on 2 juillet 2020 17 h 05 min

Sans commentaire, oui.
Simplement, le souhait,
au travers de ce reggae qui date de 2007,
de remettre au cœur de nos préoccupations
la situation des migrants
que le coronavirus a eu, semble-t-il,
le triste talent d’effacer des unes des journaux.

C’était en 2007, donc.
C’était Tiken Jah Fakoly.


À bientôt ?



Question de pinceaux

Partages Posted on 27 juin 2020 10 h 39 min

Tout,
c’est clair,
ne dépend jamais que du portrait qu’on veut faire
de celui-ci, de celui-là, ou de ce que.

La question, avant tout, serait de se demander
non pas qui est celui ou celle dont on veut faire le portrait,
non pas l’événement, le mouvement de pensée
dont on voudrait faire, d’une manière plus abstraite sans doute,
le portrait,
mais bien ce que suppose un portrait.
et, par-dessus tout, celui qu’on voudrait faire de, de ou de.

Car quoi, il y a mille manières de parler – d’écrire –
d’une seule et même chose,
même si une chose, dans la mesure de sa réalité,
ne peut avoir à ses yeux propres qu’une seule et même identité.

On entend, on voit même, beaucoup de choses,
contradictoires toujours, sensées rarement,
et qui semblent servir de vérité
qui aux politiques
qui aux journalistes
qui aux concierges
qui aux spécialistes de tous bords
quand il s’agit de commenter,
de décrire,
de faire le portrait de notre actualité.

Qu’est-ce donc qu’un portrait ?
Il a toujours été une interprétation.
Jusqu’à ce qu’une mode « hyperréaliste »
nous en vienne donner une définition
qu’elle annonçait définitive,
sous prétexte sans doute
qu’elle était livrée
pieds et poings liés
aux dogmes réalistes
de la photographie d’alors,
trop contente de s’emparer des thèmes
jusque-là « domaines réservés » de la peinture
(le portrait, la nature morte, le paysage…)

Je me limite ici à la réalité que j’appellerai “visuelle”
des choses auxquelles nous assistons ou participons,
mais il est patent que cette gentillette réflexion
pourrait s’élargir et concerner
d’autres secteurs de la perception,
de la pensée,
ou de la transmission par l’observation ou le savoir.

Mais je sens que je m’éloigne.
Je parlais de la subjectivité du portrait,
et, partant, voulais évoquer
le millefeuille contradictoire (forcément contradictoire)
que nous offre à voir l’information
à laquelle il est de plus en plus impossible de croire.
Comme un portrait de Dora Maar,
et qui donnerait à voir tout à la fois la face et un profil
(mais l’autre profil ? qu’en est-il ?),
l’information, voulant se nourrir de deux vérités
(la vitesse du temps et l’attrait de l’argent),
oublie – n’a plus le temps ? – de réfléchir,
à autre chose qu’aux évidences.

Peur, aussi sans doute, de s’emmêler les pinceaux.

Parce que l’information s’est faite religion,
et qu’à une religion il est dit qu’il faut croire ou ne pas croire,
il lui suffit d’asséner de l’information,
c’est-à dire, des réponses à des questions
qui ne sont que presque jamais celles que nous nous posons,
et sont chargées de nous communiquer
une « réalité » volontiers doctrinale.

Alors qu’elle devrait avant tout nous faire réfléchir,
nous poser question,
elle se contente de se réfléchir
et de ne se poser plus de question
que celle de son portrait dans le miroir
sonnant et trébuchant de sa survie…

Une amie me disait que, peut-être,
le salut ne résiderait pas
dans le statut d’une réponse
(information, religion, même combat),
mais dans l’aventure de questions
que nous pourrions poser
à l’information et à ses affirmations.
Elle me suggérait un monde où l’information
serait le devenir de philosophes.

Les philosophes auraient tout à y perdre,
mais nous, sans doute tout à y gagner.
Ne plus se contenter de constats bien cimentés,
mais nous alimenter de réflexion.
On peut rêver.
On peut aussi s’en poser la question.




À bientôt ?



Prophylaxie d’un néanmoins qui crie sans trop savoir pourquoi…

Chroniques volpiennes Posted on 11 juin 2020 8 h 30 min

Bon, c’est Volp.
Encore une fois.

Il grimpe comme s’il courait,
on fait ça parfois,
les escaliers.
Jusqu’au troisième.

En tous cas il est épuisé,
et il crie,
sans savoir s’il ira se moucher dans les étoiles,
Amsterdam !

C’est pas rien.
Je vous laisse imaginer.

C’est donné à tout le monde de crier
Amsterdam !
Mais personne ne le fait.
Les étoiles, tout ça…

On pourrait pourtant.
Ça ne serait pas mal de crier comme ça, 
tous ensemble,
ou à des moments différents,
Chacun pour soi ou l’un pour l’autre.
Amsterdam !

Le bonheur de ne rien dire 
et de crier pourtant.

Amsterdam !

Ouf. 

On est déjà fatigué quand on a écrit ça.
Alors ?

Volp,
au-dessus des marches,
mais pas tout à fait encore,
se demande.

Il a beau penser, réfléchir, pire : écrire,
ses mots s’enrouent, se font glaireux.
Plus de chair,
que des os qui ratent leurs tangos.
Si vides qu’il suffirait d’un cheveu pour qu’ils s’y pendent.

Pas d’Amsterdam, pas le moindre.
Et les étoiles, furieusement, manquent.

Et puis, trop de poussières trainent
qui les empêchent de vivre,
les mots,
dans des syntaxes qui par ailleurs s’épuisent.

Comment faire se demandent-ils, 
alors que déjà ils ne pèsent rien,
pour trouver un peu de légèreté ?

C’est dans la bidoche même du cerveau,
dans la cervelle qui veut se souvenir,
en même temps que dans la barbaque de l’âme,
qu’ils devraient aller chercher.

Dans un carnet, à la date de maintenant :

Mes mots sont ce qu’ils sont,
ils se rêvent audacieux, courageux même,
volontiers ils se révoltent,
mais ne nettoient rien,
n’envisagent rien,
n’éclairent rien des phrases
qu’ils sont censés fabriquer
pour dire les trois fois rien
pour lesquels je les ai convoqués.

Ne reste dès lors après leur passage
que ce qui les précédait,
augmenté d’un peu de colère
en même temps que de leur poussière.
Ou alors l’imagination d’un enfant généreux,
et qui saurait écrire
abrité sous un parapluie.
Et qui, dès lors, n’en aurait nul besoin.

Comme une définition de la vacuité.
Comme un doigt pointé sur le
“parler pour ne rien dire”.

C’est toujours bon à prendre
disent volontiers les sots.

Amsterdam !

Et c’est en criant Amsterdam ! que Volp s’endort.

Et il retrouve dans ses rêves un peu de jazz
et d’Amsterdam.


      Amsterdam


Amsterdam, de Jacques Brel
Par le duo Ginger

Gregory Sallet : saxophones
Romain Baret : Guitare


À bientôt ?



I CAN’T BREATHE !

Révoltes Posted on 8 juin 2020 9 h 55 min

George Floyd
25 mai 2020
46 ans


N’a tenu que huit minutes, quarante-six secondes
sur le ring de Minneapolis.
Il est vrai que ses agresseurs étaient quatre,
qu’ils étaient armés,
faisaient partie du gang de la police,


et qu’il était noir.



Deleuze en large

Partages Posted on 6 juin 2020 20 h 35 min

On se demande ce qui nous sépare de l’intelligence.
On gigote un peu, on fait les coquets.

On se demande – mais se demande-t-on vraiment ? –
ce que sont ces idées auxquelles on pense.
Auxquelles on prétend penser.

On croit, s’en posant la question, savoir de quoi nous parlons.

On grenouille un peu.
On se fait des illusions.
C’est pas toujours si bien que ça,
de se faire des illusions.
Ça « prétend ».
C’est superbe aussi, ça nous interdit de mourir.

Un peu prétentieusement,
parce qu’il nous en vient l’idée,
on se pose la question de savoir
de quand date notre dernière idée,
ce qu’elle était,
ce qu’elle voulait dire,
qui elle aimait,
ou pour qui elle voulait se dire
dans le but de l’aimer.

On croyait avoir des idées,
on les instrumentalisait,
avec pour objectif mâle et un peu fétide donc,
de s’en faire une intelligence.

On n’était pas peu fier parfois.

Malheureux, on l’était le plus souvent possible.
Il fallait que ça soit.
Au moment de s’aller dormir,
sans idée qui puisse nous ressembler,
on allait rêver à nous-même, sans idée.
Sans non plus se l’avouer.

On se disait que.

On se pensait intelligent, imaginatif.
Dès lors…

Mais une idée ne ressemble en rien à une idée.
En même temps, elle ne peut ressembler à rien d’autre qu’à elle-même.
Ou alors elle cesserait d’en être une.
C’est dire à quel point elle était peu probable.
C’est dire à quel point on n’en avait pas vraiment envie.

On s’en est fait pourtant des idées.
Géniales. Toutes.
Bien sûr.

Gilles Deleuze, mort il y a vingt-cinq ans, ne se leurre pas, ni ne nous leurre.
Ne nous a jamais leurrés.
C’est le propre de cet homme-là.

Philosophe de l’errance, du nomadisme, du désir, de l’éventualité.

Et puis, se taire.
Écouter l’homme, son humilité.
Son trajet de nomade d’une pensée qui,
sans cesse ailleurs,
a toujours pour point d’appui
une intransigence
sans aucun confort.

On l’écoute ?
Le sujet n’est pas banal.

Est-il possible de penser ?
Ou, plus exactement,
notre pensée nous appartient-elle ?

Ou encore,
(mais ceci m’appartient)
Avons-nous d’autre but,
quand nous pensons (ou croyons penser),
que celui de nous assimiler ?

Gilles Deleuze est mort par suicide en 1995, à l’âge de 70 ans.
La conférence dont cette vidéo est extraite a été donnée
dans le cadre des « Mardis de la Fondation » le 17 mars 1987.
Il y a trente-trois ans…


À bientôt ?



Ailleurs qu’au pied du grand arbre…

Amis, confluences… Posted on 5 juin 2020 11 h 41 min

J’ai déjà, à plusieurs reprises, relayé sur ce blog
certaines interventions, certains travaux
de mon amie Gaëlle Boissonnard,
qui dans le domaine de l’illustration
qui dans ceux de la peinture,
la céramique, la sculpture, voire la couture.

Depuis quelques années, Gaëlle a entrepris
de proposer une nouvelle gamme de papeterie,
imprimée localement, aux finitions artisanales,
emballée et distribuée par ses soins à toute petite échelle.
Cela lui a permis, dit-elle, d’insuffler dans ses dessins
un air un peu plus libre, un peu plus léger.

Sous le nom de Gaëlle Boissonnard-Édition minuscule,
Gaëlle lance en production ces jours prochains,
une nouvelle collection de cartes qui s’appellera Et si la vie…
Elle y a travaillé en pensant aux valeurs qui lui importent.
Un profond besoin d’être reliée à son environnement naturel,
l’idée de faire avec peu et la joie d’inventer qui en découle
– à l’opposé de la consommation aveugle –,
celle de faire de chaque instant une fête…

Même d’ampleur volontairement modeste,
ce projet, on s’en doute, suppose un investissement
que la conjoncture (comme disent les sans-âmes financiers)
n’encourage pas. C’est le moins qu’on puisse dire.

Gaëlle a décidé dès lors de faire appel au financement participatif.
Un financement dont elle a illustré les contours

…en oubliant d’y inclure le poste sans lequel rien ne se peut :
la Création, son métier.
Excès de modestie ? Syndrome freudien ?
Nul ne sait.
Pas même, sans doute, elle-même.

Pour découvrir sa campagne de financement,
cliquez sur le visuel ci-dessus.

Et si vous pouvez l’encourager…



Sortir, rêver peut-être ?

Partages Posted on 30 mai 2020 13 h 33 min

C’est Ferdinand Chabre.
Il est sorti.
De chez lui, je veux dire.
Sorti.
Besoin de rêver.
Il sait que rêver, c’est penser en moins décevant.

Il se promène.
Il fait gris.
Mais non, c’est dans l’âme.
Dans le ciel il fait clair.
Le ciel est bleu donc.
Ou jaune, ou rose.
Qu’importe ? 
Ça n’importe pas, se dit-il.

De toute manière, il a un peu de mal à respirer.
Ce n’est pas simple de devoir sortir bâillonné
(ils disent masqués, mais c’est bien de bâillon qu’il s’agit)
ça empêche un peu beaucoup de rêver.
Alors, on se promène aux aguets,
plus qu’on ne se sent autorisé à rêver.
Ça empêche, pense Ferdinand Chabre.
De s’abandonner.

On croise, caché sous un chapeau de grisaille, un masque.
On ne rencontre personne.
Ou alors, c’est un peu tout le monde qu’on vient de croiser.
Et on se demande si on a jamais rencontré “autre chose”
que des silhouettes masquées.
Même “avant” je veux dire.
Du reste, c’est incongru, se dit Ferdinand Chabre,
cette obligation de mettre un masque
par-dessus le masque
qui nous formate
depuis si longtemps et partout.
Et même ailleurs.

Façon Comedia dell’arte ?
Que nenni !
Trop de vie dans ce masque-là !
Il ne s’agit pas d’arlequinades,
il ne s’agit pas de faire en gestes ce qu’on éteint du visage,
ce que la gueule a, depuis belle lurette, tu.
Non ! 
Il s’agit de passer inaperçu.
D’innocenter la maladie, pense Ferdinand.
Et donc de ne faire ni bruit ni, surtout, mouvement incongru.

Se ressembler. Tous.

Vivre sous le masque
est la mascarade la plus prisée de ceux qui,
sans joie,
veulent perpétuer le bal masqué qui les autorise à faiblement respirer.

Et depuis quelques jours, c’est une joie multipliée !
Offrez au masque un bâillon,
lira-t-on bientôt dans les réclames portes-ouvertes.
Car il n’y a aucune joie sous cet éteignoir-là !
Et de cela on se fait une joie.
C’est tellement ennuyeux, la joie !
(se dit, sans en penser un mot, Ferdinand. Et pourtant).

Aucune joie ?
Aucune joie sous l’habituel masque
qui nous protège tant ?

Non !
Il n’y a que la douleur, que l’épuisement, que le dos voûté
de ceux qui, ayant cessé de croire, n’ont pas cru assez longtemps.

Auxquels s’additionne la sanitaire “protection”
qu’on nous impose pour notre bien ?
(et là, on sent bien que Ferdinand, s’il le pouvait, se révolterait, mais.)

Mais qui, bon sang, leur a dit un jour
qu’il fallait tout croire de ce qui est dit ?
Qui est le sombre salaud qui leur a fait avaler que l’espoir était
la salle d’attente d’un bien-être rêvé ?
Qui nous a dit ?
(fait mine de s’interroger notre ami)

On ne sait pas ?
On ne sait pas.
(Ferdinand Chabre a un petite idée, mais).

Mais noyés d’espoir,
ils ont admis que respirer serait suffisant en attendant que.
Respirer ? Suffisant ?
Ils ont oublié que pour respirer il faut pouvoir s’essouffler
à courir,
à se battre,
à inventer !

Qui est le salaud qui leur a dit que la vie était une salle d’attente avec, au fond,
une porte qui donne sur la vie ?
Qui donc s’aventurera à vouloir le démasquer ?
Et, quand ce masque-là sera tombé, les autres en finiront-ils de leur mascarade ? 

Pas sûr. 

On se promène.
Le ciel fait un peu comme si.
Ou jaune ou bleu ou rose.
Qu’importe ? 

Ferdinand Chabre est fatigué des non-visages qui ne le regardent pas.

On croise, caché sous un chapeau gris, un chapeau de grisaille, un masque.

Et, par-dessus, un bâillon.

Alors, Ferdinand Chabre rentre chez lui.
Ôte le masque, je veux dire le bâillon.
Face à son miroir, il se trouve tout nu.

Quand viendra le sommeil, il lâchera le masque aussi.
Sans doute.
Personne ne peut savoir.
Personne ne sait,
ne saura.

Tout nu enfin.
Il frise parfois l’indécence, Ferdinand Chabre.
Si pudique pourtant.

Que voulez-vous ?
On n’est que ce qu’on est.
Demain, on rêvera
(ose prétendre Ferdinand. sans exclamation. dans un souffle).

Là, il s’est endormi.



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