On se demande.

Mais non, en fait, on ne se demande plus. On a tous son petit avis sur la question.
Un petit avis le plus souvent étriqué, empreint de bonne conscience, en forme de slogan.

C’est si expéditif, un slogan (subst. masc. Formule concise et expressive, facile à retenir, utilisée dans les campagnes de publicité, de propagande pour lancer un produit, une marque ou pour gagner l’opinion à certaines idées politiques ou sociales).

On en a beaucoup expérimenté au fil des siècles, des décennies et des années.

Même s’il a pour limites à la fois l’espace et le temps, il peut être dévastateur, le slogan, tant l’homme a du mal à se projeter ailleurs que dans «l’Ici et Maintenant», que dans le «Ça, c’est bien vrai» toujours si rassurant…
Ainsi se souvient-on du monstrueux succès d’un certain Arbeit macht frei.

Il aurait suffit pourtant d’un peu plus réfléchir pour prendre conscience de ce qu’il n’était que circonstancielle manipulation des esprits, qu’il n’était là que pour asseoir une pensée toxique qui refusait de s’avouer et qui, pour cela, s’agitait, se déclamait en boucle.
Le slogan a vocation à vivre en boucle(s).

Déplaçons-le dans le temps, ce slogan (Le travail rend libre) et analysons-en l’intolérable cynisme en période (pas si lointaine et sans doute à nouveau à venir) d’esclavage.
Voyageons dans l’espace et collons-le comme des décalcomanies sur le corps des enfants qu’on fait travailler un peu partout où le monde est pauvre aux seules fins que nos smartphones nous offrent, au-delà de leur illusoire confort, la soumission qu’inconsciemment nous appelons de nos vœux.
Je vous laisse y penser.

Vous me direz que je m’égare. Oui et non.

La pensée traduite en un slogan est une pensée limitée au but qu’elle poursuit avec, pour seule justification, une tautologie (ce que j’énonce est vrai, j’en veux pour preuve que c’est vrai…”)
Les slogans rassurent parce qu’ils épargnent aux peureux d’avoir à réfléchir.
Et ça donne, dans un pays qui affiche une peu trop volontiers « Liberté, Égalité, Fraternité », cette distorsion de la pensée réduite à une vacuité :

« La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. »

Escroquerie.

Personne, en France, en Europe, ne songe à accueillir toute la misère du monde.
Mais espérer que le monde des nantis prenne en charge une part de la misère de cet autre monde qu’il fait volontiers mourir (par intérêt, par cynisme, par indifférence),

et on sort tout à coup du slogan…

Amnesty International, dont je relaie ici une vidéo (son téléchargement peut prendre quelques secondes, patientez !), s’attache à aller au-delà des slogans toujours réducteurs.

Les migrants.
Il y a un problème. Il ne faut pas se voiler la face. Mais il n’est pas nécessairement là où on on nous dit qu’il est.
La solution au problème n’est ni de le nier ni de l’expédier par la force, l’iniquité, l’illégalité, l’inhumanité.

Aujourd’hui – par faiblesse des plus forts ? – on ne se contente plus de mépriser, d’agresser, d’étouffer ceux qui demandent notre aide, on les méprise, on les agresse, on les étouffe précisément parce qu’ils demandent notre aide…
Et on condamne dès lors ceux qui veulent s’engager à les aider.

Ci-gît “Liberté Égalité Fraternité » tombé sous les coups de « Délit de Solidarité”.
On regarde ?
On réfléchit ?

On agit ?