C’est une fois encore Ferdinand Chabre.

Assis sur le banc qu‘on dit public.
Le même que l’autre jour,
mais on dirait un autre endroit.
Les circonstances sont des costumes qu’on ne reconnait pas.
C’est ce qu’il se dit, Ferdinand,
tant tout a changé en quelques jours.

Il y a une autre lumière dans les yeux de ceux qu’il croise.
Et c’est un peu grâce à lui avec sa pancarte, ose-t-il penser.
Et grâce à beaucoup d’autres aussi, tempère-t-il.

Il regarde autour de lui.
Les gens, tout ça.
Et il se sent pris soudain d’une ivresse,
vous n’imaginez pas.

C’est que, Ouf !
sur la façade d’en face, une nouvelle affiche,
sur laquelle semblent s’en aller des menaçants nuages,
lui signifie un peu abruptement qu’ils ont gagné,
lui et tous les autres qu’il ne connait pas
mais dont il fait soudain partie.
Il ne les connait pas,
mais c’est bien de savoir qu’on est un peu moins seul,
que le danger est éloigné…
Ferdinand ne lit toujours pas la presse.
Il n’empêche.

Et il se dit aussi qu’il aurait cru que ça lui ferait un autre effet.
Comme une étoile filante qui prendrait un peu son temps…
Et, en même temps, que le temps n’est pas le même pour tout le monde.
Que c’est sans doute un peu illusoire
de vouloir avoir participé, là pour la première fois,
à une révolution définitive.
Avec des hommes et des femmes, en vrai.
C’est un peu illusoire, oui.

Ce n’était peut-être pas une révolution, en fait.
Et pas définitive.
C’était une circonstance inventée
par des femmes et des hommes,
et par lui qui avait perdu son chapeau.
Un courant d’air frais
qui écartait momentanément les nuages,
les menaçants nuages.

Il regarda la grande affiche.
Une dernière fois ?

Il viendrait volontiers y coller du soleil.
Chiche !