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Doutes, palabres et réflexions

Au fil du temps…

Ressentis, engagements, appropriations, révoltes, doutes, certitudes, réflexions… Un peu de littérature aussi, de philosophie s’il se peut, de poésie. Et de musique, on en a tellement besoin !
C’est dans cette approximative petite lucarne que verront périodiquement le jour, à l’avenir, en sus de mes humeurs pas toujours égales, les nouvelles éditions de TamTam dont il vous est déjà loisible de consulter les archives en cliquant ici

Belle découverte à vous !

Glissement

Chroniques volpiennes Posted on 23 octobre 2020 17 h 25 min

C’est Volp.
Il vient de grimper quatre à quatre – ou alors il se vante –
le bringuebalant colimaçon qui mène au troisième étage, rue Ramponeau,
de son petit appartement.
On l’a évoqué déjà.
Il est vingt heures cinquante-huit.
Et merde, se dit Volp,
c’est à peine le jour et c’est déjà la nuit.

Couvre-feu.
Merde, merde, merde, merde !

Elle est où la vie sans la nuit ? fait-il mine de se demander.
Sans la nuit, c’est l’ennui.
Volp ne résiste jamais à un mauvais jeu de mots, qu’il regrette toujours.

C’est peu dire qu’il maugrée, Volp.
Vous le connaissez,
il est un peu comme ça,
à s’énerver pour des trois fois rien qui sont tant et tant de choses.

Pas de Bœuf Indigo ce soir.
Pas plus que les soirs dont on nous dit qu’ils viendront
aussi noirs que celui-ci.
Pas de Boukha avec le vieux bouquiniste Dahlem,
pas d’espoir d’accidentellement croiser Sarah née Dielman,
pas de resto indo-pakistanais, champion de l’inhygiène
où trottent quelques innocentes souris.
Pas de, pas de, pas de…

Merde ! répète Volp deux ou trois ou quatre fois.
Couvre-feu, comme en temps de guerre,
menace plus que réconfort.
Ne pas sortir de chez soi.
D’un éventuel chez soi.

En même temps (oups !),
c’est l’occasion de réfléchir un peu à cette interdiction
qui nous est faite de vivre comme on veut, se dit-il.
Pas sûr qu’une fois qu’on aura réfléchi,
ceux qui nous imposent d’oublier de respirer comme on voudrait,
s’en trouveront bien.

Mais ce n’est pas à ça que pense Volp.
Même si quand même, oui, un peu.

Pour dire vrai, sous ses airs distraits,
Volp ne pense à rien qu’à beaucoup d’autres choses à la fois.
Ça se bouscule dans la caboche, toutes ces frustrations.
On s’étonne. Mais non.
Rien de tout ça pour nous n’est clair,
mais pour Volp oui.

Voilà, le glas a fait son ouvrage : vingt et une heures zéro trois.
Couvre-feu sur la ville.
On passe en direct
de la fin d’aprèm
à la nuit
sans la vie de la nuit.

Et Volp s’avachit dans le trop grand canapé rouge,
tous deux défraîchis (Volp et le canapé).

Un souvenir de quand il était gamin :
21 heures. Les dents, pipi, au lit.
Infantilisé donc.

Volp tourne en rond dans le petit appartement sous les toits.

Ni Miles ni Bird ni Duke n’ont de saveur
quand on coupe les ailes à la nuit, pense-t-il.

Il se trouve qu’il n’y a de vraie nuit que dehors.
Les cd sur la laser, ça remplace un tout petit peu,
mais les étoiles ne sont pas des étoiles
quand on les regarde de prison.

Dehors, sortir.
Ben non.

Se retrancher.
C’est ce qu’on veut de nous, pense Volp.
Et lui vient l’idée d’une perte d’innocence :
il se méfie.
Pas sûr que le jésuite manitou de la République,
ne soit pas un salaud.
On en a connu beaucoup des sincères dans les politiques sphères ?

Et Volp se demande ce qui est le plus masqué, de nous ou de la réalité.
Non qu’il imagine je ne sais quel complot, non !
C’est plutôt que la maladie va dans un certain bon sens quand elle interdit de respirer.

Il pense aussi : “Pourquoi ?
Pourquoi, ce matin, en quête de boulot,
je pouvais me frotter à d’autres, converser, rire (oui !)

dans des rames de métro bondées,
avec des centaines d’autres collés ?
Pourquoi, ce soir, je ne peux pas aller boire un pot, deviser, rêver ?

À ces pourquoi-là, Volp n’aime pas qu’il lui soit répondu “Parce que c’est comme ça”…

Il sent comme un glissement progressif vers un déplaisir auquel il ne peut rien.
Sensation d’être sur tout grugé.

Alors, il sort.
On verra bien.
Je l’accompagne.



Cesser d’être en mauvaise compagnie… (11)

Partages Posted on 23 octobre 2020 12 h 33 min

Passage aujourd’hui de Papiers collés (1) à Papiers collés (2).
Extraits toujours. Avec comme unique critère mon envie de partage.
Avec le respect surtout de ne rien couper d’une réflexion, d’une note, d’un constat.
Bonne découverte à vous.



J’ai remarqué que quand je me promène avec un homosexuel, je n’ose plus regarder les femmes, par crainte de l’indisposer.



La notion de liberté n’intervient qu’à partir d’un certain développement de l’esprit, comme si le malheur de se connaître limité n’était réservé qu’aux individus les plus doués pour l’évasion.



Les prix littéraires donnent un complexe de supériorité aux jurés et un complexe d’infériorité aux élus.



Je me suis fait une déraison.



Pour atteindre ce qu’on pense, il faut aller au-delà de nos limites. Le résultat, ce sont les limites elles-mêmes.



Tous les jours je me dis que ça va changer. Et tout les jours je me demande pourquoi ça changerait. Matins difficiles. Soirs possibles.



Je n’ai jamais rien fait que par plaisir. C’est assez dire que je n’ai pas fait grand-chose.



Il m’arrive de n’avoir rien à dire, mais jamais de ne pas avoir à écrire. C’est qu’écrire est gestuel, participe d’une possibilité assez rarement euphorique, mais, comme la marche, indispensable à qui s’y est une fois rendu sensible. C’est un sport, un exercice, au sens valérien. Quand je n’écris pas je grossis, comme l’athlète s’empâte dès qu’il relâche son effort quotidien. Et du même coup, s’enlève le plaisir ambigu de la compétition. Car nous sommes ainsi faits que ce que nous pouvons réaliser seuls finit par devenir un ratage complet. Imaginez un monsieur qui sauterait au-delà de deux mètres cinquante en hauteur, imaginez-le seul dans un endroit désert et sautant pour son plaisir. C’est inimaginable. Nous avons besoin de nous frotter aux autres, ne serait-ce que pour nous en plaindre. Quant à leur glorification elle doit être assez vite fastidieuse. Mais il est impossible d’éviter cela, et rien ne nous condamne autant, car nous sommes incapables d’une tendresse, d’une amitié, suivies. Aucun homme ne nous paraît susceptible de suffire à notre médiocrité comme à nos vertus. Et nous avons besoin d’autres êtres que nos amis pour nous définir dans l’absolu très provisoire qui caractérise nos vies. D’un ami, on attend des “critiques”, mais d’un ordre tout à fait secondaire. C’est la critique d’un inconnu qui nous touchera. Et l’ami n’aura plus lieu. L’appétit qu’on éprouve pour les autres hommes en mesure de nous dire quelle place on occupe dans leur espace mental ressemble à celui qui nous fait passer d’une femme à une autre, parce que l’amour installé fait long feu. Nous avons besoin d’être ressuscités, et qui nous aime est condamné d’avance. Nous voulons être aimés, mais pas toujours par le – ou la – même. Voilà ce qui rend nos vies difficiles. Comment sortir de là ?



Les acteurs, c’est comme le papier hygiénique, ça ne devrait servir qu’une fois.



Il collectionnait les mégots des gens célèbres.


Extraits de Papiers collés (2)
Éditions Gallimard – L’Imaginaire

Demain, on continue.
Pour les absents du week-end, séance de rattrapage lundi.
Belle journée à vous.
Et… à demain !