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Doutes, palabres et réflexions

Au fil du temps…

Ressentis, engagements, appropriations, révoltes, doutes, certitudes, réflexions… Un peu de littérature aussi, de philosophie s’il se peut, de poésie. Et de musique, on en a tellement besoin !
C’est dans cette approximative petite lucarne que verront périodiquement le jour, à l’avenir, en sus de mes humeurs pas toujours égales, les nouvelles éditions de TamTam dont il vous est déjà loisible de consulter les archives en cliquant ici

Belle découverte à vous !

Cesser d’être en mauvaise compagnie… (15)

Partages Posted on 26 octobre 2020 18 h 05 min

À mi-chemin de notre perrosienne promenade, un poème, une voix, deux.


      Ce qui est homme...



Je ne suis pas d’ici
Je ne suis pas de là.
Je suis de nulle part
Nulle part est partout
Voilà l’emmerdement
Voilà le canular
Un jeune homme de gauche
Me demande pourquoi
Je ne fais pas partie
De son parti nada
Un jeune homme de droite
Me demande pourquoi
Je ne fais pas partie
De son pareti gaga
Un jeune homme du centre
Me demande pourquoi
Je ne fais pas partie
De son parti sans ventre
Un jeune apolitique
Me demande pourquoi
Je fais d’la politique
Tout en n’en faisant pas
On me demande aussi
Beaucoup beaucoup de choses
Et je rentre chez moi
Farci d’effets sans causes
Et n’ayant dans le cœur
Et n’ayant dans le crâne
Et n’ayant dans ma vie
Qu’un grand cri pour personne.


      Mon travail, c'est ça


Tout le monde écrit. Mais tout le monde n’est pas “écrivain”. Alors, une question : Qu’est-ce qu’un écrivain ? C’est un monsieur qui montre ce qu’il écrit. Vous écrivez une lettre. Vous l’envoyez à votre meilleur ami. Ou à votre maîtresse. Mais cette lettre vous paraît importante. Et vous ignorez si le meilleur ami – ou la maîtresse – sera de cet avis. Alors vous la recopiez, pour vous, c’est-à-dire pour les autres. C’est ainsi qu’on insulte à l’amitié, à l’amour. C’est ainsi qu’on finit par mourir de dégoût de soi-même. (On dit dégoût des autres.)


      Les premiers hommes...


Et la peur et la sueur et ce corps qu’il faut atteindre, quelle machinerie. Nu, enfin, mais non, rien moins que nu, et la peau qu’en faites-vous, c’est maintenant qu’il faudrait, comment dit-on, ah il y a un mot très bien, mais difficile, desquamer, je crois, oui, desquamer, voilà, c’est maintenant qu’il faudrait desquamer. (Au fait, qu’ai-je fait de mon corps, moi, mais où est-il, quel salaud !) Et je vais le chercher, sous le lit, sous le fauteuil, pendant ce temps le peau repousse, tout est à refaire, et ainsi de suite.


Extraits de Papiers collés (2)
Éditions Gallimard – L’Imaginaire

On continue ?
À demain.



Cesser d’être en mauvaise compagnie… (14)

Partages Posted on 26 octobre 2020 11 h 32 min

Georges Perros, quatorzième !



Le Oui-clos.



Il s’agit de frotter les mots à autre chose qu’à l’homme.



Sûr qu’à ma mort, je hurlerai que c’est injuste, que si j’avais su que c’était pour de bon, j’aurais encore fait moins attention.



Aimez-vous les uns les autres et foutez-moi la paix.



Au départ une espèce de mimétisme. L’ambition. Être un grand écrivain. Alors, être publié paraît – si j’ose dire – incroyable. Les hommes. Les autres. Jamais ils n’accepteront de me distinguer, comme je me distingue, moi. Voilà le piège. Car l’ambition fait long feu. On fait carrière. Un homme un tant soit peu doué peut très bien réussir dans la société. La politique est gorgée de littérateurs en mal de publication. Professeurs, agrégés, anarchistes de poche, chacun a son roman, ses poèmes, ses mémoires en tiroir. Que l’on ose voter pour ces gens-là prouve une intelligence très supérieure à la moyenne. C’est qu’on n’aime guère ce qu’on aime. Ceux qu’on aime. On fait l’homme, on joue à l’homme, et aujourd’hui on n’est pas loin de ne trouver valables, vivants, que les scientifiques. Qui sont in progress ! Il est vrai que le littérateur se sent un complexe quant aux savants, voire aux ethnologues. Écrire, comme ça, comme je le fais ce soir, n’a aucun sens, aucune portée. À peine publiable. Cependant me voilà là, il est près de dix heures du soir; les jours sont longs, il fait encore presque jour, c’est affreux, les voisins regardent leur télévision, nous on l’entend, ces bruits d’hommes, ces voix intelligentes, ces visages pour les autres, quelle horreur !



Le Temps. Pendant que j’écris, un tigre capturé se fait oiseau et s’envole. Tout est à recommencer.



L’écrivain n’est jamais que le nègre de l’enfant qui a déjà tout vu.



À quel point nous sommes libres, c’en est effrayant. Libres comme un ballon dont la ficelle que l’enfant tenait s’est rompue. Nous ne sommes pas capables de redescendre, et c’est ce qui nous reste d’obscure nostalgie, mais nous nous mouvons dans un espace dont nous comprenons la plupart des données essentielles, et notre langage n’est pas un langage fini. Lui est capable de métamorphose, j’entends d’intégration dans cet espace qui n’est évidemment pas d’ordre psychologique. Les Grecs avaient admirablement compris notre sens. C’est le christianisme qui a tout bouleversé, mais de manière telle, tellement piégée, que nous éprouvons toutes les peines du monde à en abolir l’absurdité. Il nous a rendu intéressants. Il nous faut aujourd’hui passer par le Christ pour retrouver les lois qui nous conviennent, plus modestes. Or, le christianisme est un mur. Le mur de l’autre. On escalade un mur, on ne le détruit pas. (Dans le monde qui nous occupe.) Le drame qu’a décrété le christianisme, nous en subissons les effets dans n’importe quel rapport quotidien. D’où nous serions plutôt tentés de faire un sort intelligible au Christ qu’à l’espace tout à l’heure en question, d’origine poétique. Le vrai miracle, c’est d’être, de respirer, de penser, d’agir, dans un monde aussi totalement étranger, inadéquat à la moindre de nos volontés. Qu’il puisse y avoir phénomène poétique à partir de ce néant, voilà le miracle, et peut-être, la raison inacceptable de notre présence ici-bas. L’homme ne sert à rien, il y a dans la nature comme une définitive indifférence quant à nos pouvoirs, vite ridiculisés, si jamais on se hausse du col. Notre orgueil n’a pas d’équivalent, donc pas de but. On peut entrer en compétition avec autrui. C’est signer notre misère. L’arme humaine est blanche. Elle peut donner l’illusion de l’efficacité. Mais la moindre honnêteté prouve le contraire.


Extraits de Papiers collés (2)
Éditions Gallimard – L’Imaginaire

La suite, demain.
Bonne(s) lecture(s) à vous.
À demain